Théodore Géricault, lithographe d’avant-garde - 1997

BRUNO CHENIQUE

À Frédérique Lucien

Parler d'avant-garde à propos d'un artiste du début du XIXᵉ siècle peut paraître anachronique, car le terme semble réservé aux seuls artistes du siècle suivant. Pour Géricault, on a pris l'habitude d'utiliser les mots noveleur ou moderne. Mais c'est pourtant bien d'avant-garde (politique et esthétique) dont il sera question dans ce court essai puisqu'il nous a semblé que l'invention manifestée dans les lithographies de Géricault méritait un terme fort. Un terme capable – on peut rêver – d'interpeller notre conformisme moderne.

LA CATALOGUE D'UN COLLECTIONNEUR ÉRUDIT : LE MANUSCRIT DE TRIQUETI

La présente exposition d'une partie de l'œuvre lithographiée de Géricault nous a semblé l'occasion idéale pour publier, in-extenso (voir annexe), le catalogue inédit des lithographies de Géricault rédigé par le sculpteur Henri de Triqueti (1802-1874) et conservé dans les collections de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts depuis sa donation en 1887¹. Catalogue inédit, certes, mais dont certains spécialistes de l'artiste ont pu prendre connaissance lors de la présentation en 1981 au cours de l'exposition Géricault et le cheval à travers la lithographie². À vrai dire si le petit catalogue de Triqueti ne suscita aucun intérêt de la part de la communauté scientifique, on le doit sans aucun doute à la publication qu'en fit Charles Clément pour son propre travail de recensement. De prime abord, une lecture un peu trop superficielle de cet inventaire laisse en effet supposer qu'il n'est qu'une pâle copie – qui plus est succincts – du catalogue de Clément. Il n'en est rien.
...

La suite de l'article en PDF ci-dessous