Les portraits de Théodore Géricault - 1987

BRUNO CHENIQUE

La mort prématurée d'un peintre engendre bien souvent la pitié mais aussi l'admiration pour son œuvre et pour certains épisodes de sa vie. C'est le cas de Raphaël dont la mort à 37 ans favorisa sans nul doute la multiplication de ses portraits!).

Mort à 32 ans, Géricault ne devait pas échapper à ce culte post-mortem et rentra rapidement, lui aussi, dans la légende.

Parmi toutes les représentations de Géricault, seul le portrait peint d'Alexandre Colin, son ami, paraît dater du vivant de l'artiste, alors dans la fleur de sa jeunesse (n° 1-4 du présent cata-logue); tous les suivants furent réalisés l'année même de sa mort ou peu avant. Il semble bien que ce furent les amis du peintre qui décidèrent d'un commun accord de perpétuer le souvenir de Géricault à travers de portraits lithographiés, peints ou sculptés. Léon Cogniet, dans une lettre datée du 12 février 1824 en donne l'explication:

"Avant ses derniers moments aucun de nous n'a eu le courage de lui parler de faire son portrait de crainte de lui faire pressentir sa fin prochaine qu'heureusement il ne prévoyait point. (...)

Quelques amis se sont réunis pour rassembler leurs souvenirs afin de faire un portrait que l'on placera en tête de ses œuvres. Je ne manquerai pas d'en réserver un que je vous prierai d'ac-cepter"2), Les portraits réalisés en 1824 par Léon Cogniet (fig. n° 1 et n° 1-1 du présent catalogue), Achille Devéria (n° 1-5 du présent catalogue), Ary Scheffer (cf. n° 1-2 du présent catalogue) et le buste par Antoine Allier3) ont donc probablement été réalisés à partir d'autoportraits de Géri-cault, ou bien encore à partir dessins croqués subrepticement lors de la longue et pénible maladie de ce dernier. C'est le cas du dessin au crayon sur papier par Ary Scheffer, daté du 18 janvier 18244), soit huit jours avant le décès de Théodore Géricault survenu le lundi 26 janvier 1824 à 6 heures du matin au 23 de la rue des Martyrs à Paris.

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