Le Radeau de la Méduse ou l’avenir du monde - 2007

BRUNO CHENIQUE

« Le Radeau de la Méduse »
ou l'avenir du monde
par Bruno Chenique

En 1848, Jules Michelet proposa du célèbre Radeau de la Méduse de Théodore Géricault une lecture pour le moins audacieuse. Pour l'historien, cette toile monumentale qui est aujourd'hui l'une des vedettes du musée du Louvre à Paris incarnait purement et simplement la France, ou plus exactement la France de la Restauration, celle qui vit, en la personne de Louis XVIII (frère du défunt roi décapité par la volonté du peuple), le retour des Bourbons. Autrement dit, la toile de Géricault était une véritable allégorie politique. Si en 2007 cette interprétation semble des plus probantes, force est de constater qu'elle a suscité – et suscite encore – un rejet violent de celles et ceux qui refusent la politisation de l'art ou pratiquent encore une stricte lecture formaliste excluant, de fait, le sens symbolique de l'art. Sous prétexte qu'il est l'un des plus grands peintres du cheval, on a publié l'évidence même : Géricault est un peintre d'histoire qui délivre des messages via l'utilisation subtile de l'allégorie et du symbole. En cela il est donc le digne fils de Jacques-Louis David, Pierre-Narcisse Guérin et Antoine-Jean Gros mais aussi, et surtout, leur enfant terrible, à savoir l'inventeur d'un romantisme qui ose proposer une vision inédite et parfois très sombre de la société européenne en même temps qu'il conçoit une nouvelle esthétique brisant les codes de la mimesis classique.

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