Géricault, Manet, ou le syndrome de Chatterton - 2013
BRUNO CHENIQUE

GÉRICAULT, MANET, OU LE SYNDROME DE CHATTERTON
Manet : un « lettré jusqu'au bout des ongles » MAIZEROY, 1885.
En 1787, Louis David fit un tableau représentant La Mort de Socrate [Ill. 1¹], c'est-à-dire son suicide. Le philosophe athénien, on le sait, avait été condamné à mort sous le prétexte d'avoir perverti la jeunesse, bafoué les dieux de la cité et d'être la source de troubles. Socrate avait le choix : il pouvait partir en exil et ne plus jamais faire entendre parler de lui, ou il devait mourir en buvant la ciguë².
Si pour Socrate, philosophe, c'est apprendre à mourir, à l'époque de David, l'attitude la plus commune sur le suicide était celle de l'Église catholique, qui condamnait fermement ce geste comme étant strictement contraire à la volonté de Dieu. Napoléon III, on le sait, accusa Vigny d'immoralité après la reprise de Chatterton au théâtre, en décembre 1857. Mais bien évidemment, cette position dogmatique ne put jamais endiguer le passage à l'acte et le suicide demeura au fil des siècles la liberté ultime et paradoxale de l'espèce humaine.
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