Géricault-Delacroix. La Barque de Dante ou la naissance du romantisme révolutionnaire - 2015

BRUNO CHENIQUE

En 1903, l'écrivain et journaliste Philibert Audebrand (1815-1906) consacra quelques phrases au sculpteur romantique Préault qui, en 1854, avait honoré la mémoire du peintre de la Méduse en lui dédiant un superbe médaillon pour le trentième anniversaire de sa mort (fig. 1)' :

«Si chacun de ceux qui ont connu Auguste Préault avait recueilli ses conversations, on posséderait aujourd'hui l'histoire la plus nette et la plus précise du Romantisme, qui n'existe pas et qui ne sera peut-être jamais faite. J'entends l'histoire de l'Art et de la part qui revient à chacun dans l'œuvre collective de cette grande époque de rénovation artistique et littéraire. Il savait au juste les parties qu'avait peintes Géricault dans l'un des plus éclatants débuts d'Eugène Delacroix, la fameuse Barque du Dante. Allez donc demander aujourd'hui de tels secrets et des initiations de cet ordre à n'importe quel contemporain encore vivant?»'.

Proche de la mort, Audebrand résumait de façon nostalgique la fin d'une époque à laquelle il avait participé et regrettait sans doute encore plus vivement cette perte naturelle et irrémédiable de la mémoire. Ecrire lui permettait d'y pallier et de révéler un secret: Géricault (1791-1824), en 1822, avait peint quelques parties de la Barque de Dante du jeune Delacroix (1798-1863).

En citant Auguste Préault (1809-1879), Aude-brand savait que la révélation du nom de cet informateur serait crédible puisque l'amitié Préault-Delacroix était encore présente dans les mémoires. En 1903, ses lecteurs pouvaient croire qu'il rapportait des informations, si ce n'est des confidences, obtenues par Préault auprès de Delacroix lui-même.

C'est bien de l'ordre du secret, de la confession et du non-dit qu'il semble être question quand on prend connaissance d'un autre texte.

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